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L' avis du journal " Kinésithérapie Scientifique "
Méthode globaliste, technique somato-psychique, la présentation très précise de Françoise FIGUIERE, masseur-kinésithérapeute, et de Christophe BERGER, médecin va intéresser tous les praticiens qui cherchent à développer chez leurs patients la propre prise en charge de leurs potentialités fonctionnelles.
En affinant sa technique M. Feldenkrais s'est attaché aux supports
théoriques neurophysiologiques notamment. Cette référence à l'organicité
ne doit cependant pas faire oublier la dimension psycho-corporelle,
émotionnelle comme le souligne les auteurs. Ils nous expliquent
que l'évolution des patients vers la découverte d'un lien entre
schéma corporel et image de soi peut se faire à travers la prise
de conscience proposée.
Le kinésithérapeute connaissant la méthode trouvera dans cet article une synthèse de ces fondements ; celui qui souhaite la découvrir rencontrera là les éléments qui lui donneront envie de s'y initier
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La méthode Feldenkrais
Prise de conscience par le mouvement
Intégration fonctionnelle
La méthode Feldenkrais, s'adresse à l'homme neurologique
plutôt qu'à l'homme mécanique. Pendant près de quarante ans, Moshé Feldenkrais
a orienté ses recherches sur le mouvement interrogeant plutôt le cerveau
et son fonctionnement que les muscles, simples exécutants.
M. Feldenkrais (1904-1984) était docteur en physique, diplômé
de la Sorbonne. Il a travaillé dans le laboratoire de Frédéric Joliot-Curie
et de Paul Langevin. On retrouvera dans sa méthode la rigueur du scientifique
qu' il était, son esprit d'observation, son goût de l'expérimentation.
Ceinture noire de judo, il fut l'un des premiers à introduire
le judo en France dans les années 30, et on retrouvera dans sa méthode
certains principes d' arts martiaux. Par exemple, pour Feldenkrais,
la définition d'une bonne attitude sera basée sur un concept dynamique
: l'attitude dans laquelle l'individu pourra se déplacer le plus rapidement
possible sans mouvements préliminaires et dans n'importe quelle direction.
En permanence, on recherchera l'efficacité du mouvement avec
le minimum de force ;
" Si vous forcez, c'est que vous ne savez pas vous y prendre ".
M. Feldenkrais a beaucoup étudié le développement psychomoteur
de l'enfant et notre adaptabilité au changement en tant qu'adulte. Il
s'est inspiré des travaux de Piajet sur l'apprentissage.
A travers des mouvements simples, précis
mais inhabituels ou bien globaux comme des rampers, des torsions, l'individu,
petit à petit, prendra conscience de lui-même et découvrira des possibilités
insoupçonnées.
Révolutionnaire en son temps, la pensée de M. Feldenkrais est
maintenant en phase avec la vision scientifique du monde, à savoir la
physique quantique et la théorie des systèmes. A l'heure actuelle, la
méthode Feldenkrais prend une expansion considérable à travers le monde
entier...
L' APPRENTISSAGE
En termes biologiques l'homme est, par sa
structure, l'animal le plus évolué. Toutefois, en conséquence de la
complexité du système nerveux et des possibilités spécifiquement humaines
qui en résultent, son comportement instinctif est remplacé pour la plus
grande part par un comportement acquis. En fait,
la capacité humaine d'apprendre est une des caractéristiques les plus
distinctives par rapport à l'animal. Seuls les comportements les plus
élémentaires et indispensables à la survie (exemple : la respiration
et l'absorption de la nourriture) sont présents à la naissance.
Toutes les autres fonctions humaines sont acquises progressivement.
Se tenir debout, marcher, parler, écrire, le comportement social (incluant
la vie sexuelle), la façon de sentir et de penser ne sont pas innés
mais sont la conséquence de cet apprentissage qui constitue la
base des réalisations individuelles et communes de l'espèce humaine.
Par contre, même chez les simiens et autres animaux supérieurs,
la capacité d'apprentissage est très limitée. Leur conduite est déterminée
largement par l'instinct et l'empreinte qui dirigent leurs comportements
individuels et sociaux. Cette spécialisation du comportement se reflète
par exemple dans la période relativement courte de maturation sexuelle,
atteinte à l'âge adulte.
L'homme est une espèce non spécialisée. Il est intéressant de
noter que son évolution anatomique et ethnologique se poursuit dans
le sens d'une diminution progressive des spécialisations acquises au
cours de sa phylogenèse. L'évolution tend alors
vers une régression des comportements instinctifs et tend à donner davantage
d'importance à l'apprentissage humain.
L'apprentissage organique
Le développement de l'enfant avance dans la mesure
où les structures du cerveau deviennent de plus en plus matures. Et
vice-versa, la maturation fonctionnelle du cerveau dépend du type, du
nombre et de l'exposition appropriée aux stimuli endogènes et de l'environnement.
Les sensations, les sentiments, les facteurs spatio-temporels,
parentaux, sociaux et culturels engrammés créent l'empreinte des trajectoires
à l'intérieur du système nerveux et déterminent son futur degré de fonctionnement.
En même temps, l'apprentissage se déroule en étapes au cours de desquelles
l'ordre ne peut être changé et l'omission d'une d'entre elles entrave
la maturation dans toutes les étapes suivantes.
L'apprentissage de la marche, par exemple, est précédé d'une
phase longue de mouvements hasardeux qui semblent n'avoir rien en commun
avec la marche proprement dite. Mais l'exploration joyeuse, toutes les
configurations de mouvement par rapport à l'équilibre ou à la coordination
mènent au degré d'organisation corporelle cruciale pour un apprentissage
normal de la marche.
Si, par ambition, les parents poussent l'enfant à marcher trop
tôt, c'est à dire avant qu'il en ait vraiment envie, il ne lui restera
pas assez de temps pour former un répertoire de mouvements suffisant
et il est exposé au risque de connaître des difficultés de marcher pendant
toute sa vie.
L'enfant apprend essentiellement en jouant, par plaisir et sans
finalité apparente. Les caractéristiques de cet apprentissage organique
sont les suivants : il est individuel, se déroule sans professeur qui
exige des résultats, il se poursuit lentement sans jugement ni censure
et il est guidé uniquement par le sentiment de satisfaction qu'il procure.
Etant donné la complexité du système nerveux, et dans sa structure
et dans son fonctionnement, un tel apprentissage ne se fait évidemment
pas sans fautes, échecs et imperfections. Il s'agit d'une exploration
ludique.
L'apprentissage orienté
Sous l'influence des parents, suivie plus tard, par
l'école et la société, l'apprentissage organique de l'enfant va être
remplacé par un apprentissage qui s'oriente vers des buts définis par
l'entourage social et dont l'accomplissement est exigé dans un délai
fixe. Ce mode de transmission de savoir est certainement une grande
acquisition de notre culture sans laquelle le progrès technique, par
exemple, ne serait pas imaginable.
Dans le domaine de l'évolution de la personnalité cependant,
son application différenciée peut être fatale. Conditionné de cette
manière, le sujet est amené à croire qu'il suffit d'utiliser sa volonté
pour pouvoir fonctionner correctement et que les essais répétés garantissent
le meilleur succès.
En réalité, l'exercice répété pour atteindre un but mène avant
tout à la routine, et les fautes commises deviennent une habitude aveugle.
Avec l'accomplissement du but fixé, la motivation d'apprendre s'éteint.
Ainsi notre capacité d'apprentissage est restreinte à un minimum, aussi
bien quantitativement que qualitativement.
Une caractéristique de chaque apprentissage est de transmettre
ce qu'on a appris d'un domaine à un autre. De la même façon, un schéma
de comportement émotionnel intériorisé se transmet aux autres aspects
de la personnalité du sujet et se manifeste par exemple dans la manière
de s'émouvoir et de penser.
L'apprentissage organique est créatif tandis que l'apprentissage
orienté mène à des fixations involontaires et crée un terrain favorable
à de nombreuses dysfonctions motrices et psychiques. Il ne contribue
pas au développement libre de la personnalité individuelle mais se dirige
vers l'adaptation et l'uniformité sociale.
Les modèles de comportement humain sont donc élaborés par un
processus d'apprentissage. Ils dépendent cependant de la qualité de
cet apprentissage. En même temps, ils sont accessibles à un réapprentissage
ou à une rééducation.
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LA FONCTION DU SYSTEME NERVEUX
Communication et coordination
De nombreuses découvertes neurophysiologiques des dernières années renforcent le point de vue holistique que nous adoptons dans la méthode Feldenkrais. Ainsi, la théorie des systèmes (qui s'intéresse non pas aux éléments d'un système mais à leurs interactions) nous ouvre des perspectives prometteuses en ce qui concerne nos connaissances du fonctionnement cérébral et de l'organisme entier.
Du point de vue anatomique, les parties phylogénétiquement plus récentes sont placées au-dessus des parties plus anciennes. Mais on abandonne de plus en plus le concept de la domination du néo-cortex sur les structures cérébrales anciennes. Des fonctions, telles que l'apprentissage et la mémoire sont localisées principalement dans le néo-cortex. Cependant, elles seraient inopérantes sans la participation des parties plus anciennes comme la formation réticulée (contrôle de la vigilance) ou le système limbique (motivation, renforcement).
Le cerveau est donc plutôt un système de structures interactives dans
lequel les différentes parties peuvent assumer un rôle dominant, selon
les besoins d'une situation donnée. Par exemple, en cas de chute inattendue,
le néocortex se déconnecte en laissant agir les centres réflexes, plus
rapides. De la même façon, l'opinion selon laquelle le cerveau serait
le maître du corps (à laquelle correspond la séparation artificielle
de soma et psyché) n'est guère plus d'actualité.
En tant qu'organe, le
cerveau dépend également du métabolisme et de l'homéostasie. Il se met
au service du corps pour lui servir de centre de communication entre
ses différentes parties et de relais avec l'environnement. La fonction
du système nerveux est donc en première ligne la création de liaisons,
ainsi que la coordination et l'interprétation de l'information.
Dans cette optique de communication, ou traçage des voies, le câblage fonctionnel des diverses structures cérébrales est tel qu'on ne peut guère isoler une fonction particulière. C'est ce que nous allons démontrer grâce à l'exemple de schéma corporel.
Le schéma corporel
L'organisation somatotopique du cortex moteur et somesthésique est bien connue. Les informations reçues et émises sont intégrées dans les vastes aires d'association du cortex. Pour reprendre les termes de C. Menini, c'est cette inspiration qui concourt à l'élaboration du moi et de laquelle dépendent les activités propres de la personnalité. Les schémas moteurs et émotionnels sont établis en référence à ce schéma corporel et déterminent les traits de caractère de l'individu.
De même, les informations sensorielles sont confrontées au schéma corporel de l'individu qui élabore à partir de cela sa propre représentation du monde. Ainsi, le contact et l'interaction ne viennent pas s'ajouter à la personnalité mais constituent l'essence même de la structure et de son fonctionnement. Il est donc évident que la formation du schéma corporel et son influence sur le développement de la personnalité entière ne peut s'expliquer que par l'action commune de toutes les structures cérébrales.
Le système nerveux n'est pas capable d'exécuter en même temps une action et son contraire. Le système entier atteint donc à chaque instant une intégration globale qui trouve son expression dans le corps. La posture, les sensations, les sentiments, la pensée ainsi que les processus chimiques constituent un ensemble et ne peuvent qu'agir en tant qu'entité intégrée. Dans son rôle d'organe de communication, le cerveau, en organisant le chaos des informations aussi bien du corps que de l'extérieur, rend possible l'orientation, la conscience et la perception de soi et de l'autre.
Cette faculté de reconnaître un ordre est la condition sine qua non
de chaque apprentissage. Tous les aspects de soi qui ne sont pas développés
de façon ordonnée restent flous et interfèrent inconsciemment avec les
parties matures de notre personnalité.
La capacité du cerveau de reconnaître
un schéma d'organisation est sollicitée dans la méthode Feldenkrais
lorsqu'on propose à l'élève des mouvements qui sont différents et plus
structurés que ceux de son propre répertoire de mouvements habituels.
De cette manière, on réussit à mettre en route un processus de prise
de conscience qui mène à une image corporelle plus différenciée.
Il est possible de mettre indirectement en évidence le fait que les
améliorations de posture ou des mouvements sont une conséquence de la
meilleure organisation fonctionnelle au niveau cérébral ; en travaillant
sur un seul côté du corps, on observe une amélioration des résultats
sensori-moteurs sur ce côté seulement.
Le travail avec un seul côté
produit souvent un changement significatif dans tout le côté homolatéral
du corps. Très souvent, la seule exécution imaginaire des mouvements
du côté contrelatéral produit le même résultat.
L'image de soi et l'habitude
L'image que nous nous faisons de nous même n'est ni héréditaire
ni innée mais résulte d'un apprentissage prolongé au cours duquel
toutes les facettes de notre personnalité sont développées d'une
manière plus ou moins complète. L'image corporelle, les émotions
et la pensée constituent un ensemble inséparable.
Les différentes
parties se forment, s'influent mutuellement et agissent à chaque
instant et dans chaque situation comme un tout. Le processus de
maturation est long et complexe. A chaque étape, des perturbations
peuvent se produire, entraînant des développements incomplets.
Ils font partie intégrale de notre image et de nous même.
Ainsi, une posture ou un schéma de réactions émotionnelles définies sont ressentis comme appartenant notre propre personne. L'habitude les refoule de la conscience mais en même temps de tels schémas conditionnent notre comportement et interviennent dans toutes nos actions volontaires. Ils peuvent diminuer largement notre bien-être et mènent à des dysfonctions auxquelles nous sommes souvent confrontés sous la forme de maladies ou douleurs fonctionnelles.
Peu de personnes possèdent une image de soi complète. Le plus
souvent cette image est caractérisée par son imperfection. La
formation d'habitudes et le remplacement de l'apprentissage organique
par un apprentissage orienté sont des facteurs importants de cette
stagnation.
Les buts vers lesquels nous nous orientons sont définis socialement.
Pour le fonctionnement social, une conscience de soi médiocre
et une maturation fonctionnelle limitée suffisent. Ces limitations
sont cependant ressenties comme normales (et à ce moment là, il
n'y a guère plus de motivation pour favoriser le changement).
Une bonne partie de notre propre conduite reste ainsi inconsciente
et empêche la croissance personnelle.
Une question s'impose : est-il
possible d'amener des changements permettant l'acquisition de
comportements nouveaux ? Des comportements résultant de choix
et qui soient aussi propres à la personne que ceux qu'elle a acquis
sans s'en rendre compte au cours de sa vie ?
Cela n'est possible que par une méthode qui n'impose aucun système
à l'élève mais qui lui permet de découvrir lui-même tout en bénéficiant
d'un guide.
Nous agissons, nous sentons et pensons selon l'image
que nous avons de nous même. La prise de conscience déclenche
un processus d'apprentissage qui changera donc la dynamique même
de l'utilisation de soi. Ce changement résulte entièrement du
développement d'un potentiel individuel.
Le mouvement
Comme nous l'avons démontré, l'image de soi se constitue
par l'interaction permanente des mouvements, des sensations, des
sentiments de la pensée. En fait, on ne peut guère s'imaginer
une action dans laquelle l'ensemble de ces quatre aspects n'interviendrait
pas.
De cette façon, une personne anxieuse par exemple, tendra
souvent à tirer ses épaules vers l'avant, à raccourcir le cou
et à immobiliser ses bras le long du corps. En général, elle aura
un tonus élevé des muscles fléchisseurs accentués par des situations
de timidité, peur, etc.
Ce schéma musculaire influencera ce type et ce spectre de tous
ces mouvements. En même temps, ses sensations et sa pensée seront
filtrées et colorées par le conditionnement physique. Si vous
vous mettez en position physique de timidité, de colère, d'arrogance,
etc., vous allez facilement sentir qu'avec chaque attitude des
émotions correspondantes surgissent et que votre posture interfère
avec vos mouvements intentionnels. Vous constaterez aussi que
chaque état choisi dirigera votre pensée dans certaines directions
différentes.
Il est donc difficile d'influencer un seul paramètre de la personnalité
sans provoquer des changements correspondants dans toutes les
autres parties.
De tous ces paramètres, le mouvement est le plus accessible à
l'observation et au travail pratique (il est plus aisé d'observer
ce qui se passe dans son corps que d'analyser le cheminement psychique
ou mental). Le mouvement est un indice excellent du fonctionnement
de notre système nerveux et de son niveau de développement.
Le degré de différenciation des schémas
de mouvement nous livre également des informations sur le développement
des autres aspects de notre être, ainsi que, d'une manière indirecte,
sur la structure globale de la personnalité.
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L'usage du mouvement et les conditions de travail
Les moyens primaires de l'enfant d'interagir
avec son monde extérieur et intérieur sont sensorimoteurs. Ils sont
à la base du processus de l'apprentissage chez l'homme qui mène à la
construction de son image de soi et du monde. Ces moyens sensori-moteurs
nous mettent en contact avec notre propre corps d'une façon immédiate
et primaire.
En choisissant le mouvement comme moyen de travail, nous nous
référons à ce niveau ancien d'interaction, qui est lié à notre expérience
infantile de l'apprentissage organique et créatif. L'exécution d'un
mouvement ne constitue donc jamais un but en lui-même, le mouvement
est que le moyen d'atteindre une plus grande conscience de soi.
La répétition mécanique d'un mouvement, s'il n'est pas accompagné
d'une prise de conscience de ce qui se produit par ce mouvement et de
ce qu'on ressent pendant l'action, et si on ne tient pas compte de l'ensemble
de l'image et de ses répercussions sur l'entité, ne sera qu'un travail,
un entraînement physique qui ne constitue rien au développement.
Le transfert de l'apprentissage est essentiellement personnel
et diffère d'un individu à l'autre. L'un constatera des effets sur sa
voix, l'autre sur sa façon de voir, d'observer, un troisième sur la
façon de répartir le poids de son corps sur ses pieds, un quatrième
sur la façon de nager, de marcher ou de skier, un cinquième sur sa relation
avec ses proches, ou sur sa respiration.
L'enseignant essaie d'offrir des conditions idéales pour le processus
d'apprentissage envisagé. Partant de mouvements très simples jusqu'à
des mouvements très complexes, l'élève est mené à travers toutes les
étapes du développement moteur de l'enfant.Il n'y a pas de buts à atteindre,
l'apprentissage est organique, c'est à dire motivé par l'envie et la
curiosité individuelle. L'élève ne sera pas jugé sur ses résultats,
et il n'y aura ni modèle à suivre ni démonstration.
L'élève a donc l'occasion d'aller chercher ses propres ressources
pour trouver son chemin. Par la voix, ou le toucher, l'enseignant, pendant
chaque combinaison de mouvements, dirige l'attention sur différentes
parties du corps. Etant mis ainsi à l'écoute de ses sensations, et de
ses sentiments, l'élève réussit à intégrer chaque fois plus de parties
de son corps dans le mouvement (jusqu'à ce que, dans le cas idéal, le
soi entier participe avec efficacité maximale à l'action désirée).
Des situations inhabituelles obligent à une orientation nouvelle,
car même les schémas fixes du comportement sont vécus d'une façon inattendue.
Ils deviennent donc plus facilement reconnaissables, c'est à dire accessibles
à un changement. C'est la raison pour laquelle l'élève est confronté
avec des centaines de configurations de mouvements variées, originales
et hors de son champ familier de mouvement. Ce qu'il ne peut apprendre
dans une situation, il le captera dans une autre et ainsi son image
de soi et ses possibilités se décupleront.
Etant donné que le développement de l'appareil musculo-squelettique
ainsi que celui du système nerveux se poursuit sous l'empire de la pesanteur
(évidemment ceci est aussi vrai en ce qui concerne nos mauvaises et
mouvements inhabituels), on essaie de détourner l'effet de la pesanteur
sur le corps. Le travail s'effectue donc, surtout dans un premier temps,
en étant allongé ou dans une autre position que la station debout. Les
mouvements alterneront entre l'analyse, le jeu, la créativité comme
tout véritable processus d'apprentissage.
Prendre conscience veut dire différencier. Par exemple pour se
pencher en avant, on peut utiliser d'un bloc sa région lombaire et sa
coxo-fémorale en flexion. On peut également faire une flexion de la
coxo-fémorale tout en gardant la région lombaire dans sa courbure physiologique.
Pour apprendre, on doit être capable de reconnaître des différences.
Pendant les séances, on augmente pas à pas la sensibilité de
l'élève en lui suggérant d'effectuer tous les mouvements avec le minimum
d'effort et la plus grande légèreté (moins un mouvement fait appel à
l'effort, plus les différences fines peuvent être senties et rendues
conscientes).
Les mouvements seront lents et adaptés au rythme de chacun, pour
éventuellement devenir rapides une fois que l'apprentissage est terminé.
Une respiration et une vitesse régulières donneront alors du plaisir
à sentir plus de fluidité et de globalité. Une fois que le mouvement
sera réalisé avec facilité et plaisir, il sera transposé dans la vie
quotidienne d'une façon spontanée.
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L'aise et la grâce dans le mouvement sont plus importants que vous ne croyez

Moshé Feldenkrais
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Tout phénomène douloureux doit être écouté.
La répétition d'un mouvement douloureux nous mène à engrammer dans notre
système nerveux nos limitations. L'enseignant suggère donc de contourner
la douleur, soit par le choix d'un autre chemin, soit en faisant un
mouvement uniquement dans l'imagination.
Sur un plan plus technique, la plupart du temps on sollicitera
davantage les parties proximales d'une articulation plutôt que les parties
distales, souvent trop employées dans les gestes de la vie quotidienne.
Les critères d'une performance idéale d'un mouvement sont basés
sur la légèreté, la fluidité, l'effort minimal avec une efficacité maximale
(c'est à dire que le mouvement correspondra exactement à l'intention),
l'absence de blocages ou de mouvements parasitaires. Un tel mouvement
sera équilibré, c'est à dire réversible dans chaque position parcourue.
Il sera élégant, confortable et plaisant.
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LES DEUX APPROCHES
L'intégration fonctionnelle en séance individuelle par le toucher spécifique " Feldenkrais"
A l'aide du toucher, par des mobilisations soit globales, soit très fines, par des manœuvres de soutien, de poussée, d'allongement, de rapprochement, agissant aussi bien au niveau du squelette, des muscles, des fascias et de la peau.
L'enseignant fera découvrir à la personne de nouvelles fonctions, connexions, coordinations ou simplement positions. Il n'agit pas avec des principes de cause à effet. La même manœuvre pourra être utilisée sur deux personnes différentes à des fins contraires.
On agit plutôt avec des principes de rétroaction en boucle (cybernétique).
Dans la pratique, on va aller d'un endroit du corps à un autre,
donnant un message et attendant une information. A ce niveau,
une non-réponse, a la même valeur d'information qu'une réponse
positive.
Et ainsi, par une série d'améliorations, on obtient une
transformation progressive qui va être acceptée et intégrée par
la personne parce qu'elle ne les perçoit pas comme imposées de
l'extérieur. Si on a une épaule douloureuse ou lésée, on n'ira
pas directement sur cette région, on agira à distance. Par exemple,
on essaiera en général d'améliorer d'abord la relation tête-cou,
ainsi que la relation tête-bassin-cage thoracique.
La technique de groupe : par des indications
verbales. Le mouvement n' est pas montré.
L'enseignant, à partir d'indications verbales va guider la personne et l'inciter par des situations ou positions précises à utiliser des parties d'elle-même rarement sollicitées. Ainsi, son image d'elle-même sera enrichie et son fonctionnement optimisé au fur et à mesure qu'elle prend conscience de ses possibilités inexploitées.
Pour compter de 1 à 10, on peut utiliser plusieurs façons 5+5, 7+3, etc. ; de même pour exécuter un mouvement on a plusieurs chemins à notre disposition. Hélas, dans la pratique, on répète toujours les mêmes mouvements aussi bien sur le plan physique que sur le plan psychologique, même s'ils ne nous satisfont pas.
La méthode Feldenkrais nous donne l'occasion par la prise de conscience de réapprendre des fonctionnements plus adaptés à nos possibilités, nos intentions et nos désirs. Il s' agit de proposer à l'individu de nouveaux choix, puisqu'il a appris, il est capable de réapprendre. Le système nerveux n'est pas une entité fixe, sa plasticité lui permet de trouver de nouvelles connexions si on se donne la peine d'être un peu curieux, attentif, observateur.
Méthode évolutive, basée sur la fonction, elle fait appel à l'imagination, à l'intelligence, à la sensibilité.
Elle apporte au kinésithérapeute de demain :
- un autre regard sur sa façon de travailler
- une meilleure connaissance de la fonction dans sa globalité
- un meilleur toucher
- un sens kinesthésique plus développé
- plus de créativité dans le choix de ses traitements
- des rapports différents avec ses patients
Le kinésithérapeute ne travaillera plus uniquement sur le symptôme mais sur la personne dans sa globalité ; se rendant mieux compte de ce dont la personne a besoin.
Ainsi, il trouvera de nouvelles façons de pratiquer :
- plus fonctionnelles
- plus rapides
- plus performantes
- moins répétitives
Ce qu'on obtient en Feldenkrais, c'est traduire ses intentions en actions. Feldenkrais fut le premier cybernéticien somatique. Il était très en avance sur son temps et nous n'avons pas fini de tirer les conséquences de ses découvertes.
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Françoise Figuière
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